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Quand Patrick MARTIN m’a demandé de participer à cette aventure ambitieuse du BLOG RENOVER & CONSTRUIRE,  il m’a demandé de réfléchir à des sujets et notamment aux questions qui me sont le plus souvent posées par mes clients. L’une d’entre elles qui revient le plus souvent et celle-ci « Est-ce que c’est grave ? ». A travers ce document ainsi que les suivants, je vais vous donner quelques conseils pour réussir à bien lire et comprendre vos diagnostics immobiliers

Avant tout j’aimerais faire une petite précision, je ne suis pas un expert..Cette étiquette d’expert immobilier ou du bâtiment qui nous est collée est un raccourci flatteur, cependant je ne suis qu’un opérateur en diagnostics immobiliers, je ne suis pas un expert au sens juridique du terme. L’expert immobilier est celui qui est capable d’évaluer la valeur d’un bien immobilier notamment sa valeur vénale. L’expert du bâtiment est quant à lui capable de maîtriser la construction dans son ensemble, de s’assurer du respect des règles de l’art, et d’être capable de reconnaître les malfaçons du bâtiment.

Je peux dire que je suis un expert dans certains domaines du bâtiment ou de l’immobilier, mais en réalité j’ai une multitude de casquettes et on peut dire que je suis un Expert dans :

  • La sécurité des installations électriques pour les biens d’habitation,
  • La sécurité des installations de gaz toujours dans l’habitation,
  • La recherche d’amiante,
  • La recherche de plomb dans les peintures,
  • La mesure des surfaces (habitable, privative, plancher …),
  • L’élaboration des Bilans Energétiques (DPE),
  • Les pathologies des bois d’œuvre*

*C’est cette dernière casquette que je porte dans cet écrit « Expert en pathologies des bois »

Alors pour savoir si « c’est grave », il faut savoir de quoi on parle.. Il se trouve que la nature est bien faite, puisqu’elle a créé plusieurs processus pour éliminer les arbres morts tombés au sol, il y a la pourriture et les insectes. Dans la catégorie insectes…

IL EXISTE 2 TYPES D’INSECTES

Les Insectes xylophages (insectes qui mangent le bois) et les insectes à larves xylophages (ceux dont uniquement les larves mangent le bois).

Les insectes xylophages

  • Termites souterrains
    Ils sont très nombreux (jusqu’à 1 million d’individus), la colonie est fondée dans le sol
  • Termites de bois sec (hors DOM-TOM)
    Ils sont quelques centaines au plus et la colonie est dans un morceau de bois ou dans un arbre (olivier par exemple)

Les Insectes à larves xylophages

  • La petite vrillette (et ses cousines)
    Seule la larve grignote le bois. On la retrouve souvent dans les meubles ou les parquets. Ses dégâts sont presque uniquement décoratifs sauf si l’infestation se prolonge sur de nombreuses années.
  • Le capricorne des maisons
    Cet insecte infeste de très nombreuses toitures, il est beaucoup plus gros que sa cousine la vrillette et nécessite un traitement curatif non urgent au début de l’infestation.

La nature est bien faite oui, mais nous utilisons le bois comme matériaux de construction et il est indispensable que nous mettions en place des barrières pour lutter contre les insectes ou la pourriture afin de protéger nos bois d’œuvre. Le bois d’œuvre est celui qui sert à la construction du bâtiment, il est utilisé notamment dans les charpentes, dans certains planchers, dans les huisseries intérieures et extérieures, dans les parements …

LE BOIS ET SON UTILISATION

Quand il sort de la scierie, le bois est organisé en 6 classes d’utilisations. La classe 1 étant celle soumise à une humidité toujours inférieure à 20 % (utilisation : menuiseries intérieures : parquets, escaliers, portes…), pour aller jusqu’à la classe 6 qui elle correspond aux bois en contact permanent avec l’eau de mer (utilisation : piliers, pontons, bois immergés). Il est aisé de comprendre qu’un mauvais choix de classe de bois exposera l’œuvre à l’humidité et notamment aux champignons lignivores (pourriture).

Certains éléments en bois peuvent subir un traitement en profondeur afin d’être protégés des agressions biologiques (insectes – champignons) responsables de leurs détériorations. C’est ce que l’on appelle un traitement autoclave. Dans certaines régions trop largement infestées par les termites souterrains, un traitement par barrière chimique est mis en place pour protéger la construction.

Mon métier d’expert en pathologie des bois d’œuvre est donc d’identifier les désordres dus aux champignons lignivores ou aux insectes qui se nourrissent ou détruise le bois pour y nicher (abeille charpentière). Lorsque le préfet l’oblige (en fonction de la commune) un état relatif à la présence de termites doit être réalisé avant l’achat d’un bien immobilier. Or je viens de vous énumérer 3 pathologies distinctes pour le bois d’œuvre. Le législateur n’a prévu d’informer les acheteurs, uniquement sur la présence de termites.

Vous avez alors 2 méthodes pour être informé sur les autres pathologies présentes ou pas dans le bien que vous souhaitez acquérir :

  1. La 1ere, si votre vendeur a fait appel à un opérateur en diagnostics immobiliers consciencieux, dans son rapport et dans le paragraphe « Constatations diverses » celui-ci doit vous indiquer s’il existe d’autres pathologies du bois que les termites. Le diagnostiqueur doit noter de manière générale, il n’est pas tenu qu’il en indique la nature et le nombre. Cela vous donnera une idée sans vraiment savoir l’ampleur des dégâts.
  2. La seconde est de faire réaliser un état parasitaire du bien. Cet état parasitaire ne pourra être à la charge du vendeur, mais celui-ci permettra de mettre en évidence les différentes pathologies des bois. Dans certaines régions les notaires imposent une recherche de mérule. Celle-ci étant souvent bien plus dévastatrice que les termites.

ALORS, EST-CE GRAVE ?

Tout dépend donc de beaucoup de paramètres, en effet avoir des termites souterrains dans son jardin alors que la maison est construite de béton ne représente pas la même nuisance que d’avoir une maison en ossature bois. Une parenthèse, les termites souterrains comme leur nom l’indique nichent dans le sol, si votre charpente est en bois, mais que toute votre ossature est en béton et que votre maison n’est pas jumelée, il y a très peu de chance que votre toiture soit attaquée.

Les termites se dessèchent au contact de l’air, ils se déplacent dans des galeries créées dans le sol, le bois, le plâtre ou dans des tunnels aériens (cordonnés). Étant donné que la colonie est dans le sol, il semble anecdotique qu’ils construisent des galeries sur plusieurs mètres à la verticale s’il n’y a pas de lien en bois. Ils auront certainement assez à faire dans le jardin.

Tout dépend également de l’espèce de termites, si vous avez affaire à des termites de bois sec, très présent en région PACA, les dégâts dans les bois d’œuvre seront très limités. En effet la colonie niche dans le bois, ce qui revient à dire que si votre volet est attaqué, vous le remplacez ou vous le traitez et vous avez résolu votre problème de termites. Pour que des termites de bois sec s’installent dans un bois d’œuvre, il faut très souvent qu’il y ait une autre pathologie (pourriture, trous de sorties d’insectes).

Avoir du capricorne des maisons dans sa charpente est-ce grave ?

Tout dépend depuis combien de temps. Le capricorne des maisons en tant qu’insecte ne vivra que quelques jours. Les femelles pondront quelques œufs dans le bois (sans le détériorer). Des larves sortiront de ces œufs et c’est elles qui grignoteront le bois. Elles mangeront le bois entre 1 et 3 ans, tout dépendra de l’humidité, la température et l’essence du bois.

Au bout de ces 3 ans, la larve se transformera en insecte (comme la chenille en papillon). Cet insecte sortira du bois par un trou de forme ovoïde qu’il aura créé. Un fois sorti le cycle reprendra. C’est ce que l’on appelle le cycle larvaire. Ce cycle est assez long et c’est la succession de générations d’insectes qui rendra les dégâts plus ou moins importants. Donc si l’infestation est prise à temps il conviendra de traiter toute la charpente, mais il n’y aura pas de remplacement de bois.

Il est important de savoir que l’arbre est fait de plusieurs bois, le bois vivant (aubier) et le bois morts (le duramen). Très souvent, le duramen (la partie centrale de l’arbre) est constitué d’un insecticide naturel. Ce qui revient à dire que selon de quoi est fait le bois d’œuvre, ou comment l’arbre a été coupé, la proportion de duramen protégera l’élément des attaques d’insecte. Un bois constitué d’une grande quantité de duramen gardera une meilleure résistance mécanique qu’un bois uniquement constitué d’aubier.

Les pannes ou les solives (de grosses sections) sont dans ce cas, en revanche les chevrons et linteaux peuvent être exclusivement être constitués d’aubier. Chez les insectes à larves xylophages, il y a toujours un cycle larvaire, celui-ci sera plus ou moins long selon l’espèce. Vous avez déjà tous pu constater au moins un jour des trous dans un vieux meuble. Et bien chaque trou et un trou de sortie, qui induit qu’il ne sert à rien d’y insérer un insecticide puisque l’insecte est déjà sorti.

DERNIERS CONSEILS

Ne laissez jamais un poteau en bois (d’un auvent par exemple) dans le sol, installez-le sur un plot en béton ou sur un support en métal pour éviter l’apparition de pourriture ou de termites. Et enfin, pour garder vos volets en bois en bonne santé, faites-en sorte de laisser un espace suffisant entre le volet et le seuil de la fenêtre. Il est impératif que lors d’un épisode pluvieux, qu’une goutte d’eau puisse se former dans ce vide et tomber, ceci qui évitera la formation de pourriture.

J’espère que mes conseils vous auront été utiles.

À bientôt pour un nouvel article ! 😉

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